samedi 22 mars 2014

Le sommeil des poissons Véronique Ovaldé

Tout en haut du mont Tonnerre, dans un drôle de village peuplé de femmes, l’une d’entre elles, la mano triste, attend patiemment dans sa maison à courants d'air. Elle attend les hommes qui remontent du fleuve à chaque saison douce, et surtout Jo géant, avec son cœur tout miel… Un voyage aux airs de conte, doux et inquiétant. Source Le Cercle Points
Petit préambule quant à l'obtention de ce livre ! C'est en participant à un jeu de cadavre exquis que je l'ai gagné. Le texte était initié par Véronique Ovaldé et les joueurs ( sur fesse de bouc avec le profil de mon homme :O car je ne suis toujours pas là bas... ) devaient inventer la suite et l'auteur choisissait qui avait fait la "meilleure" phrase parmi les participants. C'est mon amie Wal qui m'a dit " Vas -y essaye !" (peu de temps avant sa phrase avait été sélectionné !). J'ai été très contente que ma phrase ait plu à cette auteure que j'aime beaucoup. L'histoire concoctée est sympa ce jeu du cadavre exquis déterre des jolis mots !




La première phrase de Véronique Ovaldé :
"Cela devait faire trois ans que Samuel Gadowski n'était pas sorti de chez lui quand, ce soir d'octobre 1959, la sonnerie de la porte d'entrée le tira de sa torpeur."

La suite écrite par les lecteurs de Points :


  Il sut à cette seconde précise que sonnait là la fin de sa tranquillité, et le début des ennuis. La porte s’ouvrit dans un long grincement et ce que vit alors Samuel le laissa sans voix. Une vieille femme qu'on aurait dit sortie d'un conte, telle une fée déguisée en pauvresse, se tenait sur le paillasson, ses yeux pairs dardés sur Samuel d'un air interrogateur. Elle leva un doigt noueux contre la poitrine d'un Samuel bouche bée, et lui dit : « Tu sais pourquoi je suis là. Tu as toujours su que je viendrais. Ou aurais-tu oublié la petite enveloppe bleue que tu conserves précieusement depuis tant d'années dans le tiroir secret de ta table de nuit ? »

Non, Samuel n'avait pas oublié cette enveloppe. Il l'avait conservée précieusement. Mais à présent la visite de cette vieille dame l'obligeait à ne plus cacher ce qu'elle lui avait révélé : on lui avait transmis un don extraordinaire, précieux, inestimable,( ma phrase !) le don de l'imagination, qui lui permettait, d'un battement de cils, de s'évader dans des contrées et des paysages enchanteurs, des lieux connus et qu'il avait aimé ou des lieux inconnus qu'il découvrait, fasciné. Voilà pourquoi il ne sortait plus de chez lui depuis des années ! Le don avait rendu Samuel solitaire aux yeux des habitants du village. Mais Samuel n'était jamais seul, ils étaient nombreux, ses amis, au pays de son imagination. Mais comment avait-elle pu devenir réelle ? La jolie et mystérieuse Tania était-elle aussi devenue une réalité ?
Il l’avait désirée à un point tel qu’il se voyait se promener avec elle, bras dessus, bras dessous dans les ruelles, palabrant sur une terrasse bondée un jour d’été, d’automne ou d’hiver. Il se prêtait si bien au jeu qu’à plusieurs reprises il put remarquer des regards condescendants et moqueurs qui le déshabillaient. Probablement l’avait-on vu sourire, voire même émettre l’une ou l’autre phrase à une personne invisible ? Aujourd’hui, si la vieille bique était là, sans aucun doute, Tania serait là aussi. Son trouble psychotique profond ne put le contredire.

Il ne pouvait se résigner à laisser entrer ce laideron. Samuel était un autre homme depuis qu’il possédait cette enveloppe, il était hors de question de s’en séparer, hors de question de redevenir l’homme qu’il était naguère. La vie ne lui avait pas fait beaucoup de cadeaux et ce petit bout de papier bleu était la seule richesse valable à ses yeux, la seule chose qui vaille la peine de se battre. Ces petits centimètres carrés de papier, c’était son ciel bleu à lui, à elle Tania. Non, cette vieille chouette ne l’aurait pas !
 
Merci à Mathilde, Chantal, Constance, Laetitia (mon amie Wal), Marie-Line, Raphaël (mon homme donc moi hihihihi), Françoise, Mathilde, Chris et Lydie pour avoir prêté leur plume à ce jeu d'écriture ! Source Le cercle Le Points

J'étais si contente d'avoir gagner et j'ai demandé une "didicace". Comme je ne suis toujours pas arrivé à la faire faire en direct :O) je suis trop happy !!!!!

Impossible de mettre cette photo dans le bon sens grrrrr !

J'ai lu Le sommeil des poissons dans le tram pour l'essentiel et un peu avant de m'endormir aussi car lire ce livre c'est accepter de rentrer dans un univers fantaisiste, c'est se laisser bercer au rythme des mots de cette auteure. 

Ce livre est son premier roman et on trouve dans celui ci ce que j'aime dans l'écriture de cette femme ; tout un univers poétique et onirique et une place particulière pour les personnages féminins. Bien sur les hommes sont présents aussi car souvent l'amour est aussi un des thèmes de prédilection de Véronique Ovaldé. Ici les deux figures masculines sont représentées par le grand Jo et le petit Bikiti ( et pas Bikini c'est juste pour voir si vous lisez bien tout lol).

Ces deux là forment un duo particulièrement particulier ! Et j'ai aimé suivre leur périple comme pour des représentations de cirque. Avec ce grand Jo pas très futé mais fort et beau et ce Bikiti malin qui compte sur le grand pour s'enrichir. 

 " Sous l'eau, le Jo découvre un plaisir idéal. Il attend pour remonter de sentir ses poumons prêts à exploser, son cœur cogner comme un furieux. Jo, entouré de cette verdeur, de ces algues, de ces bris de soleil qui se déposent en éclats sur le dos des poissons, à la surface intime de l'eau - le monde vu à travers cette loupe...- Jo a l'impression d'échapper à sa pesanteur et voudrait toujours glisser, il sourit, l'animal, puis la pression devient trop forte, le corps s'embrume, les bras fourmillent, une inquiétude mauvaise attrape ses temps, il faut ressortir, crever le miroir et avaler tout l'air possible d'un coup, ah, cette joir de s sentir glacé, écharpé par le soleil et le vent qui brûle la peau et les yeux. "

Les femmes elles n'ont besoin des hommes que pour concevoir leurs marmailles. La Mano triste est comme une espèce de prêtresse de la nature féminine. Elle attends l'homme qui la fécondera. Et cette homme sera le grand Jo ... Pauvre de lui.... Mais voilà... je ne peux vous en dire plus... 

" Elle lui dit :
- Je suis toute petite et mouillée. "
Sa phrase grinça ; il regarda les seaux dans lesquels plicploquaient les gouttes qui traversaient le toit. Il vit le lit lus loin et la baignoire, toutes les petites choses parfumées posées sur le bord, il vit les murs suants et les foulards qui pendaient sans bouger aux dix coins de la pièce. Évidemment quand il la regarda au milieu de ce naufrage, il fut touché-charmé-ensorcelé.
Elle était toute petite et mouillée. 
Alors il avança et c'en fut fait de lui."

J'ai aimé ce premier roman de Véronique Ovaldé, comme j'ai aimé les deux autres que j'ai déjà lu :



Lire ces romans c'est accepter une part de non réalisme, c'est se rendre sur une terre onirique où il n'y a pas forcément de règle et pour ma part je m'y rends toujours avec plaisir.  

L'écriture de cette auteure est pour moi un enchantement, une façon différente de raconter des histoires qui nous emmènent loin à un rythme particulier qui me convient tout à fait.
 
Merci, merci à vous, Véronique Ovaldé 
pour ces très bons moments de lecture !

Merci aux Cercle le Points pour ce jeu qui m'a permis de gagner ce livre 
et d'avoir une sympathique Didicace ! 


Découvrir cet auteur sur Babelio.com
 

jeudi 20 mars 2014

Le printemps , la nature, la musique et l'amour : Werther






Werther
         (au paysan)
         Alors, c’est bien ici la maison du Bailli ?
         (congédiant son guide)
         Merci.
         (seul, Werther pénètre plus avant dans la cour et s’arrête devant la fontaine.)
         Je ne sais si je veille ou si je rêve encore !
         Tout ce qui m’environne a l’air d’un paradis ;
         le bois soupire ainsi qu’une harpe sonore,
         Un monde se révèle à mes yeux éblouis !
         O nature, pleine de grâce,
         Reine du temps et de l’espace
         Daigne accueillir celui qui passe et te salue,
         Humble mortel !
         Mystérieux silence !
         O calme solennel !
         Tout m’attire et me plaît !
         Ce mur, et ce coin sombre...
         Cette source limpide et la fraîcheur de l’ombre ;
         il n’est pas une haie, il n’est pas un buisson où
         n’éclose une fleur,
         où ne passe un frisson !
         O nature! enivre-moi de parfums,
         Mère éternellement jeune, adorable et pure !
         O nature !
         Et toi, soleil, viens m’inonder de tes rayons !  

 


Werther
         (d’une voix entrecoupée sans presque regarder Charlotte; douloureusement)
         Oui ! c’est moi ! je reviens ! et pourtant...
         loin de vous... je n’ai pas laissé passer une heure...
         un instant... sans dire:
         que je meure plutôt que la revoir !
         Puis... lorsque vint le jour que vous aviez fixé...
         pour le retour... je suis parti !
         Sur le seuil de la porte... je résistais encor... je voulais fuir !
         (sans accent)
         Qu’importe d’ailleurs tout cela !
         (accablé)
         Me voici!
        
         Charlotte
         (très émue, cherchant à se contenir et à paraître indifférente)
         Pourquoi cette parole amère? Pourquoi ne plus revenir ?
         Quant ici chacun vous attendait... mon père... les enfants !
        
         Werther
         (s’approchant avec une curiosité expressive)
         Et vous ? Vous aussi ?
        
         Charlotte
         (coupant court aux mots qu’elle sent sur les lèvres de Werther et sans lui répondre)
         Voyez! la maison est restée telle que vous l’aviez quittée !
         A la revoir ainsi
         (tendrement)
         ne vous semble-t-il pas qu’elle s’est souvenue ?
        
         Werther
         (jetant un regard autour de lui)
         Oui, je vois... ici rien n’a changé...
         (tristement)
         que les cœurs! Toute chose est encore à la place connue !
        
         Charlotte
         (tendrement et simplement)
         Toute chose est encore à la place connue !
        
         Werther
         (va par la chambre)
         Voici le clavecin qui chantait mes bonheurs
         Ou qui tressaillait de ma peine.
         Alors que votre voix accompagnait la mienne !
        
         Werther
         (venant près de la table)
         Ces livres ! sur qui tant de fois
         nous avons incliné nos têtes rapprochées!
         (Allant au secrétaire sur leque est placée la boîte aux pistolets)
         Et ces armes... Un jour ma main les a touchées...
         (d’une voix sourde)
         déjà j’étais impatient du long repos auquel j’aspire!
        
         Charlotte
         (sans voir ce dernier mouvement, est remontée vers le clavecin sur lequel elle a pris  un manuscrit; puis elle redescend vers Werther)
         Et voici ces vers d’Ossian que vous aviez commencé de traduire...
        
         Werther
         (prenant le manuscrit)
         Traduire ! Ah ! bien souvent mon rêve s’envola sur l’aile
         de ces vers, et c’est toi, cher poète,
         qui bien plutôt était mon interprète !
         (avec une tristesse inspirée)
         Toute mon âme est là !
         Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps,
         pourquoi me réveiller ?
         Sur mon front je sens tes caresses,
         Et pourtant bien proche est le temps
         Des orages et des tristesses !
         (avec désespérance)
         Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?
         Demain dans le vallon viendra le voyageur
         Se souvenant de ma gloire première...
         Et ses yeux vainement chercheront ma splendeur,
         Ils ne trouveront plus que deuil et que misère !
         Hélas!
         (avec désespérance)
         Pourquoi me réveiller ô souffle du printemps !
        
         Charlotte
         (dans le plus grand trouble)
         N’achevez pas ! Hélas ! ce désespoir...
         ce deuil... on dirait... il me semble...
        
         Werther
         Ciel ! Ai-je compris ?
         (plus accentué)
         Ai-je compris ?
         (palpitant)
         Dans cette voix qui tremble, dans ces doux yeux remplis
         de larmes n’est-ce pas un aveu que je lis ?
        
         Charlotte
         (frémissante)
         Ah! taisez-vous !
        
         Werther
         (en s’exaltant de plus en plus)
         A quoi bon essayer de nous tromper encore...
        
         Charlotte
         (suppliant)
         Je vous implore !
        
         Werther
         (avec ardeur)
         Va! nous mentions tous deux en nous disant vainqueurs
         de l’immortel amour qui tressaille en nos cœurs !
        
         Charlotte
         Werther !
        
         Werther
         (extasié et palpitant)
         Ah! ce premier baiser, mon rêve et mon envie !
         Bonheur tant espéré qu’aujourd’hui j’entrevois !
         Il brûle sur ma lèvre encor inassouvie ce baiser...
         ce baiser demandé pour la première fois !
        
         Charlotte
         (défaillante, tombe éperdue sur la canapé)
         Ah! Ma raison s’égare...
        
         Werther
         (se jetant à ses pieds)
         Tu m’aimes ! tu m’aimes ! tu m’aimes !





Choix des textes sur le thème du printemps qui arrive aujourd'hui 20 mars 2014.

Vous trouverez le texte dans sa totalité sur Libretti.

à l'occasion de la répétition générale, Werther sera joué 
demain vendredi 21 mars, dimanche 23 et mardi 25 mars 2014 !


Merci pour la découverte !


dimanche 16 mars 2014

La liberté, ou une nuit à Rome Alphonse de Lamartine

La liberté, ou une nuit à Rome

Comme l'astre adouci de l'antique Élysée,
Sur les murs dentelés du sacré Colisée,
L'astre des nuits, perçant des nuages épars,
Laisse dormir en paix ses longs et doux regards,
Le rayon qui blanchit ses vastes flancs de pierre,
En glissant à travers les pans flottants du lierre,
Dessine dans l'enceinte un lumineux sentier ;
On dirait le tombeau d'un peuple tout entier,
Où la mémoire, errante après des jours sans nombre,
Dans la nuit du passé viendrait chercher une ombre,


Rome - Le Colisée @Didi mars 2014

Ici, de voûte en voûte élevé dans les cieux,
Le monument debout défie encor les yeux ;
Le regard égaré dans ce dédale oblique,
De degrés en degrés, de portique en portique,
Parcourt en serpentant ce lugubre désert,
Fuit, monte, redescend, se retrouve et se perd.
Là, comme un front penché sous le poids des années,
La ruine, abaissant ses voûtes inclinées,
Tout à coup se déchire en immenses lambeaux,
Pend comme un noir rocher sur l'abîme des eaux ;
Ou des vastes hauteurs de son faîte superbe
Descendant par degrés jusqu'au niveau de l'herbe,
Comme un coteau qui meurt sous les fleurs du vallon,
Vient mourir à nos pieds sur des lits de gazon.

@Didi Rome mars 2014

Sur les flancs décharnés de ces sombres collines,
Des forêts dans les airs ont jeté leurs racines :
Là, le lierre jaloux de l'immortalité,
Triomphe en possédant ce que l'homme a quitté ;
Et pareil à l'oubli, sur ces murs qu'il enlace,
Monte de siècle en siècle aux sommets qu'il efface.
Le buis, l'if immobile, et l'arbre des tombeaux,
Dressent en frissonnant leurs funèbres rameaux,
Et l'humble giroflée, aux lambris suspendue,
Attachant ses pieds d'or dans la pierre fendue,
Et balançant dans l'air ses longs rameaux flétris,
Comme un doux souvenir fleurit sur des débris.
Aux sommets escarpés du fronton solitaire,
L'aigle à la frise étroite a suspendu son aire :
Au bruit sourd de mes pas, qui troublent son repos,
Il jette un cri d'effroi, grossi par mille échos,
S'élance dans le ciel, en redescend, s'arrête,
Et d'un vol menaçant plane autour de ma tête.
Du creux des monuments, de l'ombre des arceaux,
Sortent en gémissant de sinistres oiseaux :
Ouvrant en vain dans l'ombre une ardente prunelle,
L'aveugle amant des nuits bat les murs de son aile ;
La colombe, inquiète à mes pas indiscrets,
Descend, vole et s'abat de cyprès en cyprès,
Et sur les bords brisés de quelque urne isolée,
Se pose en soupirant comme une âme exilée.


Rome - Vue depuis le Colisée @Didi mars 2014

 Les vents, en s'engouffrant sous ces vastes débris,
En tirent des soupirs, des hurlements, des cris :
On dirait qu'on entend le torrent des années
Rouler sous ces arceaux ses vagues déchaînées,
Renversant, emportant, minant de jours en jours
Tout ce que les mortels ont bâti sur son cours.
Les nuages flottants dans un ciel clair et sombre,
En passant sur l'enceinte y font courir leur ombre,
Et tantôt, nous cachant le rayon qui nous luit,
Couvrent le monument d'une profonde nuit,
Tantôt, se déchirant sous un souffle rapide,
Laissent sur le gazon tomber un jour livide,
Qui, semblable à l'éclair, montre à l’œil ébloui
Ce fantôme debout du siècle évanoui ;
Dessine en serpentant ses formes mutilées,
Les cintres verdoyants des arches écroulées,
Ses larges fondements sous nos pas entrouverts,
Et l'éternelle croix qui, surmontant le faîte,
Incline comme un mât battu par la tempête.


Rome - Le Colisée @Didi mars 2014

Rome ! te voilà donc ! Ô mère des Césars !
J'aime à fouler aux pieds tes monuments épars ;
J'aime à sentir le temps, plus fort que ta mémoire,
Effacer pas à pas les traces de ta gloire !
L'homme serait-il donc de ses œuvres jaloux ?
Nos monuments sont-ils plus immortels que nous ?
Égaux devant le temps, non, ta ruine immense
Nous console du moins de notre décadence.
J'aime, j'aime à venir rêver sur ce tombeau,
A l'heure où de la nuit le lugubre flambeau
Comme l’œil du passé, flottant sur des ruines,
D'un pâle demi-deuil revêt tes sept collines,
Et, d'un ciel toujours jeune éclaircissant l'azur,
Fait briller les torrents sur les flancs de Tibur.
Ma harpe, qu'en passant l'oiseau des nuits effleure,
Sur tes propres débris te rappelle et te pleure,
Et jette aux flots du Tibre un cri de liberté,
Hélas ! par l'écho même à peine répété.



Rome - Le Colisée @Didi mars 2014

" Liberté ! nom sacré, profané par cet âge,
J'ai toujours dans mon cœur adoré ton image,
Telle qu'aux jours d’Émile et de Léonidas,
T'adorèrent jadis le Tibre et l'Eurotas ;
Quand tes fils se levant contre la tyrannie,
Tu teignais leurs drapeaux du sang de Virginie,
Ou qu'à tes saintes lois glorieux d'obéir,
Tes trois cents immortels s'embrassaient pour mourir ;
Telle enfin que d'Uri prenant ton vol sublime,
Comme un rapide éclair qui court de cime en cime,
Des rives du Léman aux rochers d'Appenzell,
Volant avec la mort sur la flèche de Tell,
Tu rassembles tes fils errants sur les montagnes,
Et, semblable au torrent qui fond sur leurs campagnes
Tu purges à jamais d'un peuple d'oppresseurs
Ces champs où tu fondas ton règne sur les mœurs !
" Alors !... mais aujourd'hui, pardonne à mon silence ;
Quand ton nom, profané par l'infâme licence,


Rome - Le Colisée @Didi mars 2014

Du Tage à l'Éridan épouvantant les rois,
Fait crouler dans le sang les trônes et les Iris ;
Détournant leurs regards de ce culte adultère,
Tes purs adorateurs, étrangers sur la terre,
Voyant dans ces excès ton saint nom se flétrir,
Ne le prononcent plus... de peur de l'avilir.
Il fallait t'invoquer, quand un tyran superbe
Sous ses pieds teints de sang nous fouler comme l'herbe,



Rome - Le Colisée @Didi mars 2014
 
En pressant sur son cœur le poignard de Caton.
Alors il était beau de confesser ton nom :
La palme des martyrs couronnait tes victimes,
Et jusqu'à leurs soupirs, tout leur était des crimes.
L'univers cependant, prosterné devant lui,
Adorait, ou tremblait !... L'univers, aujourd'hui,
Au bruit des fers brisés en sursaut se réveille.
Mais, qu'entends-je ? et quels cris ont frappé mon oreille ?
Esclaves et tyrans, opprimés, oppresseurs,
Quand tes droits ont vaincu, s'offrent pour tes vengeurs ;
Insultant sans péril la tyrannie absente,
Ils poursuivent partout son ombre renaissante ;
Et, de la vérité couvrant la faible voix,
Quand le peuple est tyran, ils insultent aux rois.


Rome - Vue depuis le Colisée @Didi mars 2014

Tu règnes cependant sur un siècle qui t'aime,
Liberté ; tu n'as rien à craindre que toi-même.
Sur la pente rapide où roule en paix ton char,
Je vois mille Brutus... mais où donc est César ? "

Alphonse de Lamartine 
Extrait de Méditations poétiques 



Ma participation au Printemps des Poètes


Rome - Le Colisée @Didi mars 2014

vendredi 14 mars 2014

La singulière tristesse du gâteau au citron Aimee Bender

Le jour de ses 9 ans, Rose mord avec délice dans son gâteau d’anniversaire. S’ensuit une incroyable révélation : elle ressent précisément le mal-être éprouvé par sa mère en le préparant. Car, dans sa famille, chacun dispose d’un pouvoir unique, qu’il doit taire ; pour ces super-héros du quotidien, ce don est un fardeau. Comment supporter le monde quand la moindre bouchée provoque un séisme intérieur ? Source Points et un extrait

Mon avis : 

Tout d'abord encore mille mercis à BABELIO et aux éditions Points car j'ai pu lire ce livre dans le cadre de la dernière énorme Masse Critique ! Une chute de livre ÉNORME !!! J'étais en dessous et j'en ai reçu un sur la tête ! Yes !

Découvrir un don très particulier à l'âge de 9 ans sera pour Rose non pas un don sacré mais une terrible plaie ... 

Ressentir tout ce que les aliments peuvent révéler devient pour elle un parcours du combattant et bien des mets deviennent très difficiles à avaler. 

J'ai lu ce livre avec plaisir et délectation ressentant toute l'amertume du citron et cette difficulté de grandir en possédant ce don de vérité. 

Il y a dans ce livre beaucoup de retenue et de nostalgie. Nostalgie de l'enfance, ce moment où rien n'a trop d'importance et tout semble aller de soi.

J'ai été surprise par la fin et par le fait que le livre prends une tournure très particulière avec le don de Joseph, le frère de Rose. Ce côté là m'a sur le coup un peu déboussolé car un peu trop fantaisiste à mon goût.  J'aurais aimé davantage voir s'épanouir Rose à travers la cuisine par exemple ...

Mais finalement c'est aussi ce côté là de l'histoire qui la rend différente et intrigante et qui nous pousse à la fin du livre pour découvrir le pourquoi du comment de cette disparition étrange et inquiétante de Joseph.

J'ai aimé ressentir les sentiments de Rose surtout ceux qu'elle ressent pour George l'ami de son frère. Ce personnage de George est bien mis en valeur à travers les yeux de Rose, il est son protecteur dans bien des situations. 

" J'ai attrapé la main de George.  Et immédiatement ses doigts se sont refermés sur les miens. Le soleil. Toujours plus de grappes de bougainvilliers drapant les fenêtres en bouquet de rose foncé. Sa paume chaude. Un matou orange qui se prélassait sur le trottoir. les gens en t-shirts déchirés qui fumaient assis sur les marches. la ville qui se déployait.
Nous avons atteint le trottoir d'en face, il m'a lâché la main. Comme j'aurais voulu, à cet instant, que le monde entier soit une rue."

Le père et la mère sont plus effacés dans l’histoire, surtout le père et il faudra attendre encore la fin pour découvrir des éléments qui expliquent certaines choses. 

Quant à la mère sa préférence pour son fils Joseph et ses envies d'ailleurs peuvent nous choquer par rapport à Rose... 

"Parfois a-t-elle dit, presque pour elle-même, j'ai l'impression de ne pas connaître mes enfants. 
Je suis restée à côté comme si j'écoutais en elle. Tout près. Elle a dit pas la fenêtre. Aux jardinières devant nous, pleines de pensées et de jonquilles qui inclinaient la tête à la tombée du crépuscule. Là où elle dirigeait toutes les questions et suppliques adressées à son fils disparu depuis quelques années. c'était une déclaration fugace et je ne n'imaginais pas qu'elle puisse y croire ; après tout, elle nous avait donné naissance seule, avait changé nos couches, nous avait nourrir, aidés dans nos devoirs, embrassés et pris dans ses bras, elle avait déversé son amour en nous. Qu'elle ne nous connaisse pas semblait la chose la plus humble qu'une mère puisse admettre. "

L'écriture d'Aimee Bender est agréable et je me suis laissée bercée par sa petite musique empreinte d'une singulière tristesse qui ne se dément jamais au fil des pages.

Je vous invite à déguster cette tranche de vie 
au goût doux et amer de l'enfance perdue
et de faire la connaissance de Rose à travers son don 



Merci encore à Babelio et aux Éditions Points 
Ce livre fait parti de la sélection 2014 pour le prix du Meilleur Roman des lecteurs Points  

Cette lecture fait partie du challenge " Les livres gourmands " de mon amie Syl.  
 Je rajoute cet élément je l'avais à ma grande honte zappé... La nourriture est au cœur de ce livre dans toutes les émotions qu'elle peut délivrer à Rose.



 "Mon adresse préférée restait la brasserie française sur Vermont, La Lyonnaise, qui m'a servi la meilleure soupe à l'oignon de ma vie, le premier soir où je suis allée avec George et mon père. Les deux propriétaires étaient des français de Lyon qui avaient quiité la ville avant qu'elle ne devienne la succursale gastronomique de Paris. .....
Là-bas je commandais un poulet à la moutarde de Dijon, un bœuf bourguignon, ou un simple salade verte, ou un sandwich au pâté, et dès qu'on déposait mon assiette, je me fondais dans tout ce qui s'y trouvait. Je me régalais d'une pleine fourchette de gratin d'épinards servi en accompagnement, me régalais de sentir la satisfaction du chef d'avoir obtenu le bon équilibre entre l'épinard et le fromage, comme si elle orchestrait une rencontre, comme une marieuse qui savait que ces deux-là ne tarderaient pas à tomber amoureux."

mardi 11 mars 2014

The grand Budapest hôtel de Wes Anderson

THE GRAND BUDAPEST HÔTEL retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, œuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au cœur de la vieille Europe en pleine mutation. Source Première
Mon avis : 


Que cette grande affiche m'a plu et attirée dès que je l'ai vu dans mon cinéma fétiche ! 

Je ne connaissais Wes Anderson que de réputation et depuis longtemps je me disais que son univers devrait me plaire. J'ai d'ailleurs dans ma dvdthèque et toujours pas vu, son Moonrise Kingdom. 

Je suis donc allée voir ce film dimanche 2 mars, en compagnie d'amis, car je sais mon homme n'est  pas très friand de ce qui est un peu trop imaginaire ... 

Et là, et bien ce sont des cerises sur le gâteau à la chantilly question imagination !


Super site sur le film :
http://www.akademiezubrowka.com/ 

L'univers de ce film est très rocambolesque et très graphique. Proche d'une bande dessinée avec des images proches des cases d'une BD.


Les décors sont splendides, les mises en images originales et fantaisistes !


Les personnages sont hauts en couleurs et le casting grandiose. 


On n'abonde pas de dire tiens c'est lui ou tiens c'est l'autre !!! Même si l'un des personnages central : Zéro s'en sors très bien dans ce kaléidoscope de star avec beaucoup de candeur et d'innocence !


Ralph Fiennes m'a conquise dans ce rôle ♥



De l'humour à foison ! Ah la grandiose scène d'évasion avec les comparses dignes des frères Dalton ! La montée au Monastère et la scène de la défenestration du chat du notaire :O) entre autres !

 

Un soupçon de nostalgie et d'un coup le temps passant le faste qui devient soudain ringard ...  Même Jude Law en prends un coup dans son sex appeal !


Un film que j'ai apprécié voir pour sa splendide mise en scène ! Quant à l'histoire elle-même, si elle n'est pas exceptionnelle elle est un super prétexte à découvrir ce Grand Budapest Hôtel à travers les personnages qui l'ont fait vivre et aimé.

Si la fantaisie ne vous rebute pas,
 si le voyage dans le temps vous attire 
alors, foncez !!!!

 Prenez une chambre au Grand Budapest Hôtel 
et laissez vous conter son exceptionnelle histoire !