mercredi 12 décembre 2018

Ciel d'acier de Michel Moutot




Chalumeau en main, John LaLiberté, ironworker comme ses ancêtres, sectionne l'acier à la recherche de survivants. Les Twin Towers viennent de s'effondrer sous ses yeux. Depuis le premier rivet porté au rouge dans un brasero, jusqu'à la construction de la Liberty Tower, six générations de Mohawks ont bâti l'Amérique. La légende dit qu'ils n'ont pas le vertige. Peut-on apprendre à maîtriser sa peur ?

«Aussi loin que je me souvienne j'ai voulu marcher sur les pas de mes ancêtres, sur des poutres de trente centimètres.»

Michel Moutot est reporter à l'Agence France Presse, spécialiste des questions de terrorisme international. Lauréat du prix Albert-Londres en 1999, correspondant à New York en 2001, il a reçu le prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 septembre.

«Entre information et fiction, rigueur et romanesque, Michel Moutot trouve l'équilibre et signe un livre par moments vertigineux.»
Télérama


Mon avis : 

Ce livre m'a gentiment été prêté par une lectrice participant au comité de lecture auquel je me joins dès que je le peux. C'est mon amie Wal qui organise dans sa bibliothèque ce rendez-vous mensuel, alors c'est aussi un rendez-vous amical ♥ et agréable.

Nous échangeons sur nos lectures et nous échangeons aussi des livres. J'ai pour ma part prêté L'Embaumeur livre Isabelle Dusquenoy que j'ai adoré ! Souvenez-vous !

Ce livre était depuis très longtemps dans ma LAL et alors que La Marquise de Miouchat (so pseudo sur Babelio) nous vantait les mérites du dernier livre de Michel Moutot elle m'a proposé de me prêter Ciel d'Acier !


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New York et ses building, NYC et ceux qui l'ont construite, New York City et ce jour du 11 septembre où les Twins Towers se sont écroulées ! NY et sa démesure et ses images récurrentes qui nous viennent en tête immédiatement, des ouvriers sur les poutres d'un chantier, et les photos et vidéos des attentats, ce choc devant lequel nous étions sidérés !





J'avais très envie de découvrir les Ironworkers, ces Mohawks qui sont investis dans la construction entre autres des tours de NY. 

Michel Moutot situe son récit sur plusieurs générations quatre périodes sont mises en avant dans son livre

Les années de 1886 à 1907 avec les débuts des indiens Mohawks dans le travail de l'acier pour la construction des ponts au Canada entre autre. Et la terrible catastrophe de l'écroulement d'un pont en 1907.

Article sur le pont : 
http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-117/Pont_de_Qu%C3%A9bec.html#.W_7B2uKNyM8




Les années 70 où les tours jumelles ont été élevées dans le ciel de NY

 

Le chantier de déblaiement de ces mêmes tours mises à terre le 11 septembre 2001  



Une tâche colossale (très bien décrit par Michel Moutot) que les ironworkers ont réalisée avec honneur et de la reconstruction du quartier de Ground Zero avec la construction de la tour Liberty.




Sur chaque période des personnages sont au cœur de l'histoire : 

Manish Rochelle et Robert LaLiberté sur la première période, les débuts des chantiers et le début d'une lignée d'Ironworkers.

Jack LaLiberté et Max le neveu La Rochelle pour la construction des Twins Towers.

Et enfin John LaLiberté le fils de Jack sur le chantier de Ground Zero.

Ce genre de livre me plait beaucoup, il mélange des personnages fictifs dans l'Histoire avec un grand H et donc des éléments réels et historiques. 

L'auteur reporter est expert dans bien des domaines et sur les attentats du 11 septembre 2001, il a été d'ailleurs récompensé. J'ai appris beaucoup de choses sur l'après 2001 avec le travail colossal des ironworkers pour dégager les poutres d'acier afin d'essayer de trouver des survivants... En vain...

On apprends beaucoup de chose sur ces ouvriers de l'acier qui dans ce livre sont issus de la tribu des Mohawks de Kahnawake au Canada. Une étude sociologique très intéressante et une mise en avant des traditions des indiens.

Le parcours de ces hommes est loin d'être facile et leur métier très dangereux ! Ils paieront un lourd tribu à ce métier ! De leur vie Jack tombera sur une des tours jumelles et de leur honneur parfois aussi pour Manish on ne lui pardonnera pas sa clairvoyance sur le chantier du pont mal suivi ...

Un grand livre aussi élevé que les tours de NY !

Merci beaucoup pour le prêt de ce livre !

Quant à vous, venez marcher dans le ciel d'acier 
auprès de ces courageux Ironworkers !



Non, vous n'aurez pas le vertige mais vous tremblerez avec eux !






dimanche 18 novembre 2018

Treize jours d'Arni Thorarinsson

13 jours, c’est le délai que sa dernière petite amie, banquière recherchée par la police, a donné à Einar pour la rejoindre à l’étranger.
13 jours, c’est le temps qu’il va lui falloir pour décider s’il veut accepter la direction du grand journal dans lequel il a toujours travaillé.
13 jours, c’est le temps qui sera nécessaire pour trouver qui a tué la lycéenne dont le corps profané a été retrouvé dans le parc. Quelque chose dans son visage rappelle à Einar sa propre fille, Gunnsa, quand elle était un peu plus jeune et encore innocente. Mais aujourd’hui Gunnsa est devenue photographe et travaille dans le même journal que son père ; elle s’intéresse de près à ces adolescents paumés et ultra connectés qui fuguent ou disparaissent, elle a plus de ressources et d’audace pour faire avancer l’enquête – et moins de désillusions.
Arni Thorarinsson a écrit un thriller haletant situé dans l’Islande actuelle qui décrit avec sensibilité le monde troublant et troublé des adolescents, et la corruption qui affleure à la surface de cette société. Source Éditions Métailié

Mon avis : 




Tout d'abord et en premier lieu merci à Babelio et aux Éditions Métailié Noir pour l'envoi de ce livre dans le cadre de la Masse critique Mauvais Genre !

Un peu moins de 13 jours pour lire ce polar islandais. Je commence à bien m'habituer aux différents noms de famille, enfin heureusement que je ne lis pas à voix haute !

Klara Osk  a disparu, son père inquiet va essayer de passer par le Journal du Soir pour la retrouver.  Ainsi il va demander de l'aide à Einar, Sigurbjörge et aussi la fille d'Einar, Gunnsa qui fait des photos pour le journal.

Hélas dès les premières pages Klara Osk va être retrouvée par l'équipe de journaliste, morte.

Commence alors l'enquête journalistique qui doit faire attention de ne pas empiéter trop sur celle de la police où l'inspecteur Jonas chargé de celle-ci est également empêtré dans une sale histoire.

L'enquête journalistique prends le pas sur celle de la police très vite. 

Surtout avec Gunnsa qui va facilement s'infiltrer dans le milieu de cette jeunesse décadente pour essayer de trouver la vérité. 

Oui, qu'est-il arrivé à cette jeune femme ? La chronique sociale de cette jeunesse n'est pas rose : Sexe, drogues, chantages, pouvoir, prostitution, dangers des réseaux sociaux... 

J'ai aimé le côté de ce polar et cette enquête journalistique. Je me suis demandée souvent si la presse pouvait prendre le pas sur le policier dans la réalité. Il y a une importante réflexion  dans le livre sur la place de la presse, pour mettre en avant les problèmes et essayer de trouver des solutions. Le pouvoir d'enquêter de façon indépendante est une valeur importante de la presse. L'auteur est également journaliste il sait de quoi il retourne.

Dans le livre on alterne avec une autre histoire, où Gunnsa est interrogée par la police à propos de son père... Einar est un personnage récurrent (je ne le savais pas avant de commencer cette lecture... ) et j'ai eu l'impression que j'avais manqué des informations et que je prenais l'histoire de ce journaliste un peu en court de route...  La petite amie banquière est sans doute dans les autres romans de l'auteur... Mais j'ai eu du mal à m'intéresser à cette histoire parallèle ...
Einar m'a apparu comme un homme sympathique, la tête sur les épaules. Très attaché à sa fille et voulant pour elle le meilleur. Les liens qui les unissent sont forts et j'ai aimé leurs rapports à travers leur métier et leurs visions de la vie. Le tempérament fonceur de Gunnsa m'a emballé ! 

 " Après avoir raccroché, je ne peux m'empêcher de penser que, même si la manière dont ma fille conçoit le métier de journaliste semble immature, sa façon de faire est plus susceptible d'aboutir à des résultats due la prudence de Sigurbjörg qui a un peu trop tendance à faire des compromis de toutes sortes. Et je suis forcé de le reconnaitre : si l'un d'entre nous peut approcher Pavel, c'est bien Gunnsa. En fait, elle me rappelle à la fois agréablement et désagréablement celui que j'étais à mes débuts."
 
- Mon père m'a dit un jour que tout le monde avait bsoin de se mettre en danger. De manière à ce que la vie ne soit pas entière programmée d'avance et prévisible. Ne serait-ce que pour comprendre ce ue nous ne voulons pas, pour comprendre qu'en fait nous avons déjà tout ce que nous désirons.
- Mais quand on s'engage dans cette voie, on risque très vite de ne plus pouvoir rebrousser chemin, fait remarquer Jonas.
- Je me pose la même question que mon père : quoi de mieux qu'un grand danger pour mesurer la valeur de la vie ? 
- Il avait peut être raison. Il n'empêche que nous recherchons avant tout la sécurité.
- Oui le problème est que cette sécurité est ennuyeuse à mourir au bout d'un certain temps, Jonas. "

 L'enquête par les journalistes m'a bien plu et m'a apportée un regard différent sur les entretiens qui ne sont pas des interrogatoires et sur une façon de procédé plus libre. 

Je vous laisserais découvrir la vérité, si la vérité existe ... 
Auprès d'Einar l'énigmatique, et de Gunnsa la fonceuse.
Dans les profondeurs inquiétantes d'une jeunesse en perdition.
Quant à moi, j'essaierais de mieux connaitre Einar 
 en lisant d'autres romans de l'auteur !

" Enfin sachant qu'il s'est trouvé quelqu'un pour assassiner cette gentille et jolie jeune fille, tout est possible. Il n'y a aucune limite à ce dont l'être humain est capable. Ça se  vérifie tous les jours. Nous ne sommes que des animaux. Nous sommes des prédateurs, des prédateurs en tenue de camouflage."

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mercredi 14 novembre 2018

La somme de nos folies Shih-Li Kow


À Lubok Sayong, petite ville au nord de Kuala Lumpur, tout est indéniablement unique. Jusqu’à la topographie, une cuvette entre deux rivières et trois lacs, qui lui vaut chaque année une inondation et son lot d’histoires mémorables.
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en bed & breakfast…
Le tout livré en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, vieux directeur chinois de la conserverie de litchis, qui coulerait des jours paisibles s’il ne devenait l’instigateur héroïque d’une gay pride locale.
La Somme de nos folies est la chronique absolument tendre, libre, drôle, profonde, et volontiers incisive, d’un genre très humain quelque part en Malaisie, aujourd’hui. Zulma

Mon avis :

Me rendre compte que je suis rentrée dans ce livre sans avoir compris que Auyong était un personnage et non le nom d'un lieu et le narrateur... Alternativement avec Mary Anne ... Pour elle, j'avais bien compris qu'elle était bien aussi narratrice... Je suis claire ?

Un malentendu...en somme...

Avoir du mal à suivre l'histoire. Très effilochée... 

Les liens entre les personnages ne sont pas toujours très clairs ...

J'aurais aimé en savoir plus sur certains que l'on croit important et sur qui on ne sait finalement rien... (Bessi par exemple reléguée en personnage plus que secondaire...)

Ne pas savoir que penser de cette lecture, n'avoir pas accroché outre mesure. 

Sans déplaisirs mais sans enthousiasme.

Je suis décalée avec cet avis très divergent des autres que j'ai pu lire sur Babelio, même si j'ai tout de même trouvé un avis qui représente bien mon ressenti...Ouf.


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Des flashs retenus de cette lecture :

- Un petit garçon fantôme dans un jardin
- Un ange venue sur terre
- Un poisson géant et carnivore échappé d'un aquarium

Ce que j'ai aimé c'est donc tout ce qui relevait de "folies". Ce brin fantastique et imaginaires venant de façon impromptue bousculer le quotidien.
J'avais des ingrédients de bonnes qualités, mais pour ma part la "sauce" malaisienne n'a pas pris...

Dommage mais cette rencontre avec ce livre n'aura pas eu lieu pour moi. J'ai pourtant mon petit grain de folies, du moins je l'espère :O)

" Moi j'ai envie de lui dire que nous sommes la somme de nos folies, racontées ou tues, mais je me contente , comme d'habitude, d'un merci Mary Anne".

Je remercie RAKUTEN et les Matchs littéraires de la rentrée 2018. 

La réception de ce deuxième livre après "Concours pour le Paradis", était une surprise et il y a eu un bug sur le site de demande, double cadeau pour moi ♥♥ et ma participation avec ce titre là est trop tardive ... Tant pis coup de folie je mets mon avis !


Les Matchs de la rentrée littéraire 2018 de Rakuten ou #mrl18
#La somme de nos folies#SHIH-LI KOW #MRL18 #Rakuten

 

vendredi 2 novembre 2018

L'embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard Isabelle Duquesnoy



Victor Renard n'a jamais eu de chance avec les femmes. À commencer par sa mère, l'épouvantable Pâqueline, qui aurait préféré que son frère jumeau lui survive. Puis Angélique, la prostituée, qui se moque de sa difformité et de sa « demi-molle ». Mais Victor échappe à sa condition : il devient embaumeur. Quelle meilleure situation ? Après la Révolution, les morts ne manquent pas dans Paris…

Isabelle Duquesnoy, diplômée d’histoire de l’art, est l’auteur de romans historiques. Les Confessions de Constanze Mozart est disponible en Points. Source Le cercle Points


Mon avis et quelques préliminaires : 

Et bien ce livre je l'aurais attendu attendu et il est enfin apparu !  Obtenu lors de la Masse Critique chez Babelio, je désespérais de le recevoir, le croyant à tout jamais perdu dans les limbes inter sidérantes de la Poste... 17 jours de transit ce n'est pas rien ! Mais enfin il était dans ma boite aux lettres, sur l'enveloppe une simple coquille sur le nom de ma ville ... 

L'essentiel c'est qu'il était là et que je me délectais d'avance de le découvrir. 



Profitant de quelques jours de repos (forcé...) je me suis lancée à corps perdu dans ce livre ! Il m'a littéralement embarquée ce Victor. 

Le thème aurait pu me révulser, tant ce métier est bien spécial ( embaumeur, thanatopracteur ) mais non ça m'a vraiment embaumé ... Euh que dis-je, emballée ! 

La vie de Victor Renard est loin de sentir la rose ... Non est loin d'être toute rose. Pourtant quel personnage, quel homme ! Sans jamais se plaindre, malgré toutes les mauvaises personnes qui l'entourent et en premier lieu ses parents, il avancera dans la vie, apprendra un métier et rencontrera l'amour. 

Cette lecture est très réaliste, l'auteure nous documente habilement sur l'époque après la Révolution à Paris et sur ce métier d'embaumeur.

Pour l'instant, (le début de ce billet a été écrit au 2/3 de ma lecture) je savais que les confessions de Victor Renard étaient à destination d'un tribunal, mais je ne savais pas pourquoi il se trouvait ici, entendu et jugé. Mais ça ne m'a pas dérangé, j'ai écouté (j'ai lu) avec avidité les aventures de cet homme comme ceux qui le jugeaient. 

L'écriture est très caustique, avec une bonne dose d'humour noir et trash, heureusement que le livre olfactif n'existe pas encore (du moins avec ce genre de roman...) car je crois que je n'aurais pas tenu à l'embaumement du Saleur et d'autres aussi d'ailleurs... Beurk, rien que d'imaginer les odeurs j'ai la gerbe.

" Malgré l'alcool et la pâte de menthe, son odeur était infecte ; le fumet des corps varie suivant chaque défunt. Celui-là rancissait bien. Pour vous, qui paraissez sensibles comme tout et peu accoutumés aux odeurs de campagne, ce serait le remugle, la pestilence. En revanche, pour un nez rodé aux arômes de pâturages, aux excrétions de bestiaux et à la verdeur des purées d'orties, il aurait paru moins affreux ; on l'aurait dit gâté, comme une pièce de gibier oubliée sur la table de chasse. Je suis aguerri à cette odeur pour l'avoir maintes fois flairée dans la bouche de ma mère, où les résidus de repas restent pris entre les mauvaises dents. Il y a peu de différences entre une viande oubliée huit jours dan une bouche et un mort un peu avancé."

J'avais encore 150 pages à lire et j'avais déjà de la peine d'arriver à la fin de ce livre et quitter ce personnage attachant et singulier.

20 octobre 2018, j'ai fini le livre et je suis triste de quitter Victor Renard ... Oui triste. 

J'ai vraiment aimé ce livre, les confessions de cet embaumeur au sein du tribunal m'ont captivées ! 

On ne découvre qu'en toute fin la raison de ce jugement et si j'ai mis sur Babelio la note de 4.5  / 5 c'est juste pour cette toute fin (mais je ne vous dévoilerais rien...sauf que ... ben non rien...Mais quand même !). Il m'a manqué des éléments pour boucler la boucle ... Attention ceci n'est qu'un tout petit petit petit bémol.

Victor est vraiment un personnage attachant, il m'a émue, attendrie. J'ai découvert un profond humaniste à une époque où cela n'allait pas de soi. Sa rencontre avec un homme noir Toussaint en est le plus beau symbole.


" - Pourquoi vouloir toujours plus ? Demanda-t-il d'une voix douce.
- Pour la respectabilité Toussaint. Longtemps, je n'ai été que tordu, bon à rien, moche et pauvre. A présent, je suis riche du deuil des autres, mais je voudrais qu'on se retourne sur mon passage et qu'on me salue comme une personne de qualité. 
Mon assistant me considéra en plissant les paupières à la façon d'un vieux sorcier.
- Déyè chyen, prononça-t-il comme un avertissement, sé chyen, douvan chyen sé miyé chyen.
- Tu m'aides beaucoup ! Lançai-je, exaspéré.
- Devant le chien, on dit "Monsieur le chien", mais dans son dos, on dit "chien" tout court. On vous saluera peut-être comme une personne de qualité, mais dans votre dos, on dira ce qu'on voudra."


On s’immisce dans sa vie, on suit avec une curiosité avide et peut-être morbide ses activités d'embaumeur. On fait fit du dégoût latent dans les diverses activités d'embaumement, on est là à côté de Victor et on l'observe. 

J'ai profondément et radicalement détestée la Pâqueline, cette odieuse femme qu'il m'est difficile de décrire comme mère de Victor ... Et ce père également mort très rapidement (au début du livre) mais si vicieux et lâche ! Il continuera de hanter son fils à travers son carnet intime et d'autres bricoles, intimes elles aussi.

" De nouveaux principes recommandent de frapper les enfants pour les éduquer. Pâqueline suggère de corriger Victor à coups de branches de saule. Moi, (le père dans son carnet intime) je préfèrerais la ceinture. Nous nous sommes disputés à ce sujet, puis finalement tombés d'accord : il prendra des baffes. Mais à quoi bon ? Il restera laid et propre à rien."

Ce vagin de poche trouver dans les affaires du père (ancêtre de la poupée gonflable ? Ah non ça existe encore... Google est mon ennemi lol) sera d'ailleurs un élément déterminant (je n'arrive pas à trouver le terme exact...) dans cette histoire. 

Le monde de la mort est mis en avant dans ce livre : On en apprends beaucoup sur les recettes d'embaumement et les rituels mortuaires. C'est très enrichissant et j'aime beaucoup les livres qui nous apprennent des choses sans que l'on soit obligé de mettre la main à la pâte ... Enfin aux corps ... 

Tous les personnages de cette histoire, vivants ou morts, les personnages de la vie de Victor Renard ont su m'interpeller, me choquer, m’énerver, m'adoucir, me révolter, m'attendrir, me divertir, m'enseigner moult choses.

De Victor à la Pâqueline (sa mère...), de Monsieur Joulia (son maître embaumeur, son père adoptif) à Toussaint (une aide précieuse un homme noir), d'Angélique (son amour putain attendrissante) à Judith (la sœur de son faux ami et sa femme sans amour...), de Franz (ami d'enfance et mauvais garçon) à Jacques-Romain (le faux noble et bon compagnon violoniste)... 

Je ne vous dévoilerais rien de plus car je voudrais que vous preniez autant de plaisir que moi avec cette lecture et découvrir bien d'autres personnages. 

Un grand livre assurément, un livre olfactif (dont certain lecteurs ont comparé avec Le Parfum...) aux valeurs humaines certaines et qui nous enrichit de multiples façons !

Oyez, oyez braves gens ! 
Laissez vous embaumer par Victor Renard !
Vous ne craignez rien, n'ayez pas peur,
 il n'enterre pas les vivants 
et ce livre est garanti sans odeurs ! 


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En ce jour des morts, je suis heureuse de vous faire part de mon avis sur cette excellent lecture qui "hantera" mes souvenirs de lectrice éternellement !!!


" Catholiques, protestants, calvinistes et autres...
Que faire de vos défunts lorsque la Grande Faucheuse a frappé votre foyer ? Les nouvelles sciences nous enseignent que la proximité d'un corps nuit gravement à la santé des enfants et des biens portants. Les maladies augmentent par la chaleur selon les mois de l'année et par les chandelles de veillée, alors chacun s'empresse d'enterrer son mort. Hélas ! De nombreux cas d'enterrements de personnes vivantes se sont produits !
LE CABINET JOULIA-RENARD vous assure contre ce risque en conservant deux ou trois jours le défunt dans ses chambres mortuaires. Notre surveillance quotidienne est la seule garantie contre l'enterrement d'un vivant !
De nos jours qui ose se présenter à la porte d'un salon sans fard , mal fagoté, sans esprit ni réputation ? 
Nous sommes nombreux à rectifier notre mise dans le miroir de l'antichambre avant toute présentation : une cravate mal nouée, un fard rance, et c'en est fini du bel effet que l'on escomptait produire.
LE CABINET JOULIA-RENARD prend soin de votre tournure pour réussir l'épreuve de passage des portes du Paradis : habillage, fardage, camouflage des plaies, vos défunts sont présentés coquets et gracieux devant l’Éternel !
Pour vous familles aisées, souhaitant faire ôter le coeur de vos défunt pour les déposer dans une urne à l'intérieur de votre chapelle privée, ou dans l'oratoire de votre fief, LE CABINET JOULIA-RENARD se cahrge de cette opération et de l'acheminement des viscères momifiées? 
Pour les plus modestes, nous proposons plusieurs choix de gardiennage, de fardage et de conservation. 
CABINET JOULIA-RENARD
Rue des Quatres ***
FERMETURE LE DIMANCHE, COMME AU PURGATOIRE  


@Didi 2018 - Cimetière de Sare

samedi 27 octobre 2018

Concours pour le Paradis Clélia Renucci

« Tout était dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »

Dans le décor spectaculaire de la Venise renaissante, l’immense toile du Paradis devient un personnage vivant, opposant le génie de Véronèse, du Tintoret et des plus grands maîtres de la ville. Entre rivalités artistiques, trahisons familiales, déchirements politiques, Clélia Renucci fait revivre dans ce premier roman le prodige de la création, ses vertiges et ses drames. Source Albin Michel

Ce livre je l'ai eu grâce à l'opération :

Les Matchs de la rentrée littéraire 2018 de Rakuten ou #mrl18


C'est Leiloona grâce à son blog Bricabook  qui m'a mis la puce à l'oreille pour le lancement de cette opération que j'affectionne et à laquelle je participe depuis quelques années ! 

Rétrospective des Matchs de la rentrée littéraire :


Toujours une joie immense d'y participer :
2013 La lettre à Helga de BERGSVEINN Birgisson 

Merci aux différentes Blogueuses de nous faire découvrir des pépites ICI  et merci à Rakuten (anciennement Price Minister ) de m'avoir permis de recevoir ce livre ♥ (et un autre également !)


Mon avis en tableaux, en liens et en mots : 

Ce livre nous plonge dans la Venise du 16ème siècle.




Cette ville, je ne l'ai jamais visitée, alors c'est avec plaisir que je me suis laissée guider par Clélia Renucci.

Tout débute par un terrible incendie qui détruit le Palais des Doges et de ses nombreuses peintures.

Ce lieu est le lieu du pouvoir des Doges, les dirigeants de la République de Venise.

Huile sur toile, 265 × 184 cm, collection Crespi, Milan. Le palais des Doges
 
Ainsi le Doge de l'époque, Sébastiano Venier va vouloir  redécorer la salle du Grand Conseil.

Un grand concours va être lancer pour mettre en rivalité les plus grands peintres de l'époque.

Ce concours sera aussi l'occasion, pour les membres du pouvoir d'appuyer telle ou telle vision de la vie et de la mort. 

Venise est en concurrence directe avec Rome, la religion chrétienne tient à cette époque et en ces lieux une place très importante. 

Les relations entre le pouvoir, la chrétienté (et le pape) et les artistes seront au cœur de nombreuses discussions concernant la création de ce Paradis.

Les artistes personnages de ce roman sont tous des personnages ayant existé, je vous les présente :


Paolo Véronèse 

autoportrait


Portrait of Francesco Bassano 1549-92" 
Dominico Tintoretto oil on Canvas, location: The Hermitage - St. Petersburg.





Huile sur toile, 45 × 38 cm, Philadelphia Museum of Art.

et ses trois enfants (il en a eu 8 mais 3 ont travaillé en tant que peintre) :

Marrieta, Domenico et Marco 

Autoritratto con madrigale di Marietta Robusti detta La Tintoretto,

 1575 circa, dalle Gallerie degli Uffizi, Firenze

En matière de peinture la mise en concurrence de tous ces artistes va attiser les jalousies et les coups bas.

Véronèse et un des personnages central de ce roman : Ambitieux, séducteur, talentueux et roublard ! 

" Ce genre de raisonnement digne de Machiavel plaisait à Véronèse qui, en plus d'avoir une âme d'artiste, possédait celle du plus roué des courtisans "

Il va d'ailleurs s'emparer de façon fort "culottée" des idées du Tintoret pour gagner ce concours !

Ce livre est une très belle chronique de cette époque et nous rends à la perfection l'atmosphère qui devait régner à cette époque. 

Cette course à la gloire, cette course au pouvoir. En ces temps là, les moyens de marquer son temps et son pouvoir s'inscrivaient dans la pierre, les peintures et les actes de guerre et les négociations de paix.

C'est Véronèse et Bassano qui vont gagner le concours et devoir réaliser ce " Paradis ".

" Foscari, l'ordonnateur du concours, était persuadé qu'écouter un artiste parler de son œuvre gâchait la vision qu'on en avait. Une toile ne s'explique pas, elle se reçoit, se ressent, s'interprète, et le peintre n'est pas nécessairement partie prenante de ce processus. " 

Hélas cette association imposée de ce jeune peintre avec ce peintre renommé et au caractère bien trempé ne sera pas une réussite... 

 " S'il faut bien admettre que nous peignons à la commande, peignons aussi un peu pour nous. Quel Paradis veux-tu ?, Fransesco? Celui du moine Bardi ou le tien ? Le nôtre ? C'est à dire de celui de tous les Vénitiens ? Bassano ne savait que répondre. S'il ne voulait pas subordonner son talent à des injonctions extérieures, il n'était pas sûr de pouvoir s'y soustraire. Il n'avait pas , comme son aîné, trente années de carrière et de vivats derrière lui. En dix ans de travail acharné à Venise il avait obtenu des commandes et peints pour le Palais comme de nombreuses églises, mais il était toujours dépendant de l'atelier de son père et, quoiqu'en pense Véronèse, du bon plaisir des grands." p103 échange entre Bassano et Véronèse

Véronèse reste le personnage central de ce livre. il a un talent immense et surtout l'art de mener "en gondole" tout le monde qui gravite autour de lui. 

Hélas, comme pour tous, Véronèse va s'éteindre en avril 1588, épuisé en fêtes et amusements (Carnaval, théâtres, Commedia dell'arte, bals, chasses aux taureaux et autres réceptions).

Ses funérailles furent "somptueuses et mondaines à l'image de sa vie". 

 " Les femmes rivalisèrent d'élégance pour envoyer un salut à leur grand zélateur. Elles s'étaient données le mot et s'échappaient de leurs gondoles tendues de noir dans des tenues plus colorées les unes que les autres. Chacune avait choisi de porter les robes dans laquelle le peintre l'avait immortalisée dans ses tableaux, formant ainsi une mosaïque de ses œuvres. "

Giustiniana Barbaro
Portrait in fresco of Giustiniana Giustiniani from Villa Barbaro, Maser, 1561, Veronese
  " La courtisane qui avait posé pour le sulfureux "Suzanne et les Vieillards" suscita le scandale en arrivant dans un simple drap écarlate, noué élégamment de façon à s'en faire une toge."

Suzanne et les vieillards

"... Tullia s'avança dans la tenue qui avait fait sa gloire dans L'Enlèvement d'Europe, ..."

Site Agora

Suite à ce décès le Tintoret et son fils Domenico vont reprendre la réalisation du tableau du Paradis. Juste retour des choses... 

Le roman nous offre alors une belle histoire de l'art en se faisant très technique. Clélia Rennuci nous apprend beaucoup sur la réalisation de cette fresque, la plus grande au Monde !

De la réalisation du support en bois à l'encollage de la toile et de la confection de la colle. Du travail de séchage au transport de l'atelier à la salle d'exposition. De la réalisation des échafaudages ! 

" La colle seule différait, amalgamée non plus avec du fromage mais à l'aide de peau de lapin, de poisson ou de porc. L'atelier resta toujours aussi actif, l'odeur seul changea. " page 178

" Devant l'air dubitatif du menuisier, Tintoret s'emporta : Cessez de penser à l'impossible et croyez au réalisable ! Peut-être mes plans ne valent-ils pas les vôtres, mais vous vous devez de trouver une solution. Je m'apprête à peindre la plus grande toile du Monde Pour sa Sérénissime. " page 173

Quant on voit un tableau j'ai tendance à oublier tout ce travail... Preuve que l'artiste sait nous emmener ailleurs grâce à son talent !

Dans ce livre on comprend très bien que tous les tableaux sont les œuvres de toute une équipe. Les Garzonis s'occupaient de tout le travail de préparation des immenses peintures.

Le temps de réalisation était lui aussi très important ! 

Clélia Renucci a très bien su nous rendre compte de tout ça en mettant une once de romanesque et de fiction dans cette histoire.

Avec le Tintoret et son fils Domenico elle nous fait nous immiscer dans les familles des peintres de l'époque où les talents  ne se transmettaient pas toujours. Mais où le sens familial était très important. 

C'est d'ailleurs Domenico, le fils du Tintoret qui va reprendre le pinceau sous l’œil critique mais finalement bienveillant de celui-ci.

" Qu'as-tu fais mon fils ? Au milieu d'une foule si confuse, qu'est-il advenu de la belle ordonnance de la Divine Comédie ? Je ne dis pas que c'est mal peint ... Ta main a du génie. "

Jacopo Tintoret affecté par le tribunal de l'inquisition envoyé par Rome et par la perte de sa fille va alors se laisser mourir. 

" Les deux hommes échangèrent peu sur leurs émotions respectives : l'un venait de prendre conscience par son autoportrait de son retrait du monde et de sa capacité à regarder la mort en face, tandis que l'autre, par ce portrait inséré dans cette toile si symbolique, s'élevait enfin à la stature du peintre."

Autoportrait Tintoret 1588


Ce livre m'a beaucoup plu, dans ce qu'il m'a livré de l'histoire de l'art. Les portraits des artistes sont très réalistes et l'auteur a su magnifiquement nous faire suivre cette épopée. Celle d'une œuvre grandiose qui occupera bien des vies et continue à nous émerveiller ! 

Le peintre au centre de toute l'attention reste Véronèse, un personnage reflétant magnifiquement cette époque, un magnifique artiste !

D'ailleurs la double couverture du livre est un détail du très beau tableau de Véronèse :

Junon déversant des dons sur Venise, détail, 1554-1556, 
Véronèse (Venise, Palais des Doges, Salle de l’Audienza)


et il est le célèbre peintre des Noces de Cana (œuvre que j'ai pu admirer au Louvre) 

Source Musée du LOUVRE
 
 « Je peins mes œuvres, disait-il, sans prendre ces choses en considération et je me donne la licence que se permettent les poètes et les fous. » citation de Véronèse
Après cette plongée dans le monde artistique du 16ème siècle à Venise me reste à découvrir l’œuvre grandiose du Paradis comme quand à l'époque cette fresque fut découverte par les Vénitiens et leurs prestigieux invités. 
" Arrivés sur l'estrade, ils tirèrent d'un coup sec le velours qui glissa jusqu'au sol en même temps que les doutes de Domenico. Comme tous il fut ébloui. " 







N'hésitez pas, entrez au Paradis ! 

Et venez découvrir ce monde fascinant 
de l'art à Venise au 16ème siècle. 

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vous permettant de découvrir un peu plus
 les peintres et les tableaux !



Merci à Rakunen qui, avec Ces Matchs littéraires,
 m'offre toujours de belles lectures.

Merci à Albin Michel et à l'auteure Clélia Renucci.

Merci aussi à Leiloona du blog Bricabook, ma marraine pour ces matchs.