lundi 23 mai 2011

Luciole



"La luciole luisait faiblement dans le fond du bocal. Mais l'éclat en était si incertain, la couleur si pâle ! Il y avait longtemps que je n'en avais pas vu, mais, dans mon souvenir, l'insecte émettait une lumière vive qui se détachait nettement sur l'obscurité de l'été. J’avais toujours cru que les lucioles étaient des insectes émettant une lumière franche et forte.

Affaiblie, ma luciole n'allait peut être pas tarder à mourir. Tenant le bocal par le couvercle, je le secouais légèrement plusieurs fois. La Luciole vint heurter la paroi de verre et vola un peu; mais sa lumière était toujours faible.


Je cherchais à me souvenir de la dernière fois où j'avais vu des lucioles. Où donc était-ce ? Je me souvenais du paysage mais j'étais incapable de retrouver l'heure et l'endroit. Je percevrais un bruit d'eau dans l'obscurité.


Il y avait une vieille écluse en briques. Une écluse dont les vannes étaient actionnées par une roue. La rivière n'avait rien d'impressionnant. C’était un petit cours d'eau aux rives envahies d'herbes aquatique. Il faisait si noir que si j'avais éteint ma lampe de poche je n'aurais plus aperçu mes pieds. Plusieurs centaines de lucioles volaient au-dessus des eaux dormantes de l’écluse. Leur lumière se reflétait à la surface de l'eau comme les étincelles d'un feu l'aurait enflammée.

Je fermais les yeux pour plonger un moment dans les ténèbres du souvenir. J’entendais le vent bruisser plus nettement que d'habitude. Il n'était pas très fort, mais, curieusement, il soufflait autour de moi en laissant une nette figure géométrique. Quand je rouvris les yeux, l'obscurité de cette nuit d'été était devenue légèrement plus profonde.


J'ouvris le bocal, sortis ma luciole et la posai sur le rebord du réservoir qui dépassait de trois bons centimètres. Elle ne semblait pas bien savoir où elle se trouvait. Elle fit le tour d'un boulon en chancelant et en trébuchant sur la peinture écaillée. Elle avança un moment vers la droite, pour revenir vers la gauche après avoir compris qu'elle ne pourrait pas aller plus loin. Puis avec beaucoup de précaution, elle entreprit de se hisser sur la tête du boulon, où elle se blottit immobile. Elle ne bougeait plus, comme si elle était morte


J’observais ma luciole, toujours appuyé à la rambarde. Nous restâmes longtemps ainsi, sans bouger. Seul le vent soufflait autour de nous. Les innombrables feuilles des kayaki bruissaient dans le noir.

L'attente était interminable.

Ce ne fut que très longtemps après que la luciole s'envola. Saisie d'une brusque impulsion, elle déploya ses ailes et, l'instant d'après, elle flottait dans la légère obscurité, de l'autre côté de la rambarde. Exactement comme si elle avait voulu rattraper le temps perdu, elle décrivait des courbes rapides non loin du réservoir d'eau. Puis elle s'arrêta un moment, le temps d'apercevoir ses traits lumineux se dissiper dans le vent et bientôt disparut vers l'est.

Après sa disparition, les motifs géométriques lumineux qu'elle avait tracés restèrent longtemps en moi. Leur faible lueur n'en finissait pas d'errer dans les ténèbres épaisses de mes yeux fermés, exactement comme des démons ne sachant plus où aller.

Je tendis plusieurs fois les mains au milieu des ténèbres. Mes doigts n'attrapèrent rien. la petite lumière était toujours un peu plus loin que mes doigts " 




Haruki Murakami extrait de "la ballade de l'impossible" 

Lecture de ce livre en 2004. J'ai gardé en moi l'empreinte de cette écriture si poétique de l'écrivain japonais Haruki Murakami  comme une belle sensation de lecture. Cet extrait je l'aime beaucoup et je le partage avec vous pour vous donnez l'envie de lire cet auteur.

Mais pourquoi repenser à une lecture datant de 2004, et bien parce que son adaptation est sur les écrans de cinéma depuis le 4 mai et je doute pour ma part que le film rende si bien cette poésie et cette intériorité si caractéristiques des auteurs japonais. Mais peut être serais-je emportée aussi...

Le film

Un film de Ang Hung Trang avec Rinko Kikuchi, Kenichi Matsuyama, Kiko Mizuhara et Kengo Kora
Titre original : NORWEGIAN WOOD (Japon)
Genre : Drame - Duree : 2H13 mn
Sortie en salles le 04 Mai 2011

Tokyo, fin des années 60.
Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s’est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s’installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu’un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est, elle aussi, bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n’a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l’anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l’amour.
Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspension depuis la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu’enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle, drôle et vive qui ne demande qu’à lui offrir son amour.

Actualité de l'auteur en Version Française :

Le dernier roman d’Haruki Murakami , 1Q84, best-seller qui s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires au Japon, paraîtra aux éditions Belfond en août prochain. 
Les deux tomes constituant l’ouvrage feront leur apparition conjointe en magasin le 25 août.
Depuis le temps que les amateurs de Kafka sur le rivage ou de La course au mouton sauvage (entre autres) attendaient cette nouvelle, nous espérons que l’ouvrage sera à la hauteur de leurs espérances !
 

Un article sur le site CULTURE CAFÉ 

20 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas ce livre. L'extrait que tu nous offres est très émouvant et l'écriture si légère et précise ... un vrai moment de bonheur !
    Bonne journée !

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  2. coucou,
    pour ce film j'hésite..
    je vais voir ce que tu en dis...
    bisous tout doux...

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  3. Cela fait plusieurs années que l'on parle de cet auteur. Son côté surréaliste m'attire et me rebute ... Le passage sur les lucioles est magnifique, mais l’œuvre n'est-elle pas sombre au fond ?

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  4. Tu me fais penser que je n'ai toujours rien lu de Murakami alors que ses titres, ses couvertures, ses 4e de couverture et le commentaires lus ici et là me font envie... Décidément, il m'en reste des choses à découvrir !

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  5. @ Pétales : oui une belle séquence sur les êtres éphémères et les souvenirs !
    Bises !

    @ Claire la fourmi : je ne suis pas encore sure de pouvoir voir le film... mais je garde en tête cette lecture
    Bonne soirée

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  6. @ Lily : on ne peut pas dire en effet que l'œuvre soit de la franche rigolade... Mais le côté très poétique et introspectif devrait te plaire. Il faut essayer pour savoir ;-)
    Bonne soirée Lily

    @ Septentria : et oui il ne nous suffira pas d'une seule vie hélas pur tout découvrir :-O
    Je n'ai pas lu d'autres livres de Murakami mais "saule aveugle femme endormie" me tente bien ainsi que "Sommeil"
    Tiens je vais mettre le lien sur la bibliographie de l'auteur
    Bisous Septie

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  7. @ Alex Mots-à-Mots : oui n'est ce pas ? Tu as déjà lu cet auteur ?
    Bonne après midi !

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  8. Un jour, bientôt, promis, je ferai une incursion de la littérature japonnaise.... Je n'ai rien lu de nippon alors que mon auteure préférée adore le japon !!!

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  9. @ Géraldine : et c'est qui ton auteure préférée ?
    Nothomb c'est ça ?
    Bisous bonne soirée !

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  10. Ceci n'est pas un retour d'ascenseur : je passe sur ton blog et que vois-je ? Murakami ! J'ai tout lu (ce qui a été traduit en français) et j'attends avec impatience 1Q84 sorti déjà depuis 2 ans au Japon... Même pas encore traduit en anglais... :( J'adore !

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  11. @ Pagenas : merci de passer ici !
    Je n'ai lu que celui-ci de Murakami et j'aime ce style d'écriture. Lequel est ton préféré ?
    Pour 1Q84 (quel drôle de titre..) il te faudra attendre le 25 août pour le livre 1 et 2 et le premier trimestre 2012 pour le livre 3.
    Bon dimanche Pagenas et @ très vite !

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  12. Merci pour les infos. Une grande préférence pour "Kafka sur le rivage" :) Quant à "sommeil" c'est une nouvelle tirée de "L'éléphant s'évapore", pas la meilleure à mon humble avis, ça finit en eau de boudin...

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  13. @ Pagenas : de rien pour l'info les éditions Belfond ont édité des cartes postales de pub sur 1Q84 et je les ai prises dans ma librairie !
    Merci aussi pour Kafka sur le rivage que je note :-)
    Et pour sommeil si ça finit en eau de boudin ...
    Bonne journée !

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  14. Encore merci pour les renseignements ! Vivement le 25 août !

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  15. @ Pagenas : Je devrais mettre les infos sur ce billet ;-)
    Bises !

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  16. Et voilà billet compléter !

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  17. Cool
    Merci pour le lien que j'ajoute à ma critique.
    Pour les places Tim Burton je suis OK. Merci !

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    1. Super !!!
      Et pour Tim Burton met un commentaire sur mon dernier billet !

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